Zen Kyoto

Chawan - bol de thé japonais

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Les chawan japonais sont des bols de thé utilisés lors de la cérémonie du thé. Selon la cérémonie opérée, on choisit une sorte de chawan parmi les nombreuses qui existent. On peut classer les chawan en 4 catégories principales selon leur origine : les Karamono originaires de Chine, les Kôraimono importés de Corée, les Wamono, chawan traditionnels du Japon et les Raku qui correspondent au style le plus important des chawan japonais.

Ci-dessous une liste des sous-catégories de ces 4 styles de chawan

Karamono Koraimono Wamono Raku
Tenmoku Iji Karatsu Chojiro I
Haikatsugi Mishima Asahi Kōetsu
Yohen Kaki-no-heta Oku-gorai Nonko
Kensan Kinsan Iga  
Yuteki Ido Hagi  
Taihisan Gōki Seto  
Seiji Goshō Maru Setoguro  
Hakuji Totoya Izumo  
Sometsuki Katade Komogai Shigaraki  
  Kohiki Oribe  
  Amamori Shonzui  
  Hagame Genpin  
  Sōhaku Shino  
  Gohon Satsuma  
  Tamagote    
  Sōba    
  Unkaku    
  Wari-kodai    
  Iraho    

Chawan Tenmoku

Les premiers chawan utilisés au Japon sont importés de Chine entre le XIIIe et le XVIe siècle. Ils viennent de la montagne Tianmu, Tenmoku (天目山) en japonais, et sont donc nommés chawan Tenmoku. Ce sont les chawan préférés des Japonais jusqu’au XVIe siècle.

Chawan Seto

Lorsque s’achève la période Kamakura (1185–1333), les artisans japonais commencent à fabriquer leur propres chawan en s’inspirant des chawan Tenmoku. Les premiers chawan japonais sont faits à Seto. Bien que les chawan Tenmoku de Chine aient des formes variées, les chawan Tenmoku de Seto adoptent pour la plupart une forme effilée.

Les bols à thé dans la cérémonie du thé

L’on a coutume de dire concernant la cérémonie du thé japonaise : « En premier Raku, en deuxième Hagi et en troisième Karatsu ». Le chawan de type Raku est vu comme le meilleur chawan à utiliser pour la cérémonie du thé. Il est talonné par les styles Hagi et Karatsu qui sont également très prisés.

Chawan Raku

Le chawan Raku (raku-yaki) est profondément lié à la cérémonie du thé et à la « voie du thé* ». Selon Kakuzô Okura dans le Livre du thé, la voie du thé est un « culte fondé sur l’adoration du beau jusque dans les occupations les plus triviales de l’homme », sur la simplicité et la modestie. Le terme « Raku » signifie, « plaisir », « aisé», « confortable », et dérive du nom d’un des palais de Kyôto, le Palais de Juraku. Sen no Rikyû (1522-1591) maître de thé, codifie au XVIIe les gestes, les ustensiles, la pièce ou chambre à thé et le pavillon du thé. Il porte à son apogée les principes du thé de style wabi encourageant une vie paisible et simple, détachée de tout souci terrestre. Appelé pour aider à la construction du Palais de Juraku, Sen no Rikyû donne des instructions à Chôjirô, fabriquant de tuiles, pour créer des chawan répondant à l’idéal du wabi. Les chawan Raku tranchent finalement par leur simplicité. Bols épais moulés à la main à glaçure* transparente ou noire, ils sont profonds et donc mieux adaptés au thé fouetté que les bols chinois, les rebords tournés vers l’intérieur permettant de conserver le thé au chaud. Les chawan de Chôjirô étaient au depart nommés « Ima-yaki», soit « poterie contemporaine » ou « poterie du moment » et se distinguaient des « Juraku-yaki » qui employaient de l’argile rouge (Juraku).

Chawan Raku-yaki

Le shôgun, Toyotomi Hideyoshi, qui ordonna la construction du Palais de Juraku, munit Jôkei, le fils de Chôjirô, d’un sceau arborant le caractère chinois Raku (楽). Dès lors, Raku devint le nom de famille de Chôjirô et de sa descendance.

Non seulement le nom mais également le savoir-faire du style Raku fut transmis de génération en génération (parfois par adoption). La deuxième génération, incarnée par Jôkei, perpétua le travail de Chôjirô mais celui-ci fut particulièrement établi avec la troisième génération sous le maître Dônyû (1599-1659), également appelé Nonkô, influencé par Sôtan Sen (1578-1658) et Kôetsu Honnami (1558-1637). Koêtsu est ainsi à l’origine de l’émaillage fait d’un mélange de glaçures* plombifères qui avec les nombreux chocs thermiques subis, se craquellent et produisent des effets inattendus et pour lesquelles sont renommés les chawan Raku.

Black Raku

L’actuelle 15e génération est représentée par Kichizaemon Raku.

Le nom et le style de cette céramique sont devenus influents à la fois dans le monde de la culture et de la littérature japonaises. Le style Raku peut se subdiviser en deux. L’école orthodoxe dans la tradition Raku est appelée « fours à céramique originels » (Hongama). Quant aux autres branches (Wakigama) dont Ôhi-yaki est une des branches les plus connues, elles sont fondées par certains membres de la famille Raku ou des potiers ayant fait leur apprentissage sous leur égide.

Chawan Hagi

Le chawan Hagi (Hagi-yaki) est un type de poterie japonaise inspirée de la Corée. Il est identifiable par ses formes humbles et l'utilisation d'un vernis translucide. A la fin du XVIe siècle, les Japonais envahirent la Corée. Au retour de cette expédition les soldats rapportèrent plusieurs centaines d’objets exécutés par des maîtres céramistes coréens et de nombreux potiers coréens émigrèrent au Japon où ils implantèrent leur technique. Le seigneur local de Hagi, alors passionné par la cérémonie du thé et tout objet y ayant trait, encouragea la production de ce type de poterie. La particularité des céramiques de Hagi vient de leur mélange de plusieurs argiles donnant une couleur changeante. Le résultat typique est une argile rose-orangée appelée « argile coréenne ». Les poteries sont formées sur un tour et décorées avec une glaçure* translucide ou laiteuse faite de cendres et de feldspath (minéraux de composition variée). La signature en forme d’encoche sur le socle du bol remonte à Edo. En défigurant ainsi leurs céramiques, les potiers n’avaient pas à les offrir aux seigneurs mais pouvaient les vendre.

Chawan Karatsu

La ville de Karatsu, dans la préfecture de Saga, est depuis des temps anciens un carrefour essentiel pour le commerce extérieur, ainsi qu’un centre de production potière depuis l’époque Azuchi-Momoyama. De nos jours, la préfecture de Saga regorge de fours à céramique, certains en très bon état, d’autres en ruines. Le style Karatsu, comme son nom l’indique, est nommé ainsi en fonction de son lieu de production. Toutefois, il regroupe aujourd’hui des poteries du même style mais non produites à Karatsu. Si d’aucuns suggèrent que le style Karatsu viendrait de la péninsule coréenne (avec les invasions japonaises de la Corée à la fin du XVIe siècle), pour d’autres, la technique en serait bien antérieure (comme l’indiquerait une fouille sur le site de Karatsu). La poterie Karatsu sert originellement à des objets du quotidien (table, cruches, etc.). Les poteries de ce style sont considérées comme de bons exemples de l’esthétique wabi-sabi et sont donc régulièrement utilisées pour la cérémonie du thé. Le wabi-sabi désigne, en effet, l’idéal de la cérémonie du thé, soit la simplicité et la sobriété (wabi) et le goût pour l’usure (la belle patine du temps), la solitude et la résignation (sabi).

Tableau comparant les 3 types de bols à thé

Chawan Raku Chawan Hagi Chawan Karatsu
Origine japonaise Origine coréenne Origine coréenne probable
Coloris simples, représente le wabi (simplicité et sobriété) Design simple Solide et simple
Réalisés à la main Réalisés au tour Réalisés au tour